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La Fondation pour Genève honore Didier Burkhalter

 
Photo M. Zouhri
 

Remise du Prix de la Fondation pour Genève à M. Didier Burkhalter, président de la Confédération


Le 8 septembre dernier dans la salle des Assemblées du Palais des Nations, en présence de nombreux représentants des autorités locales et de la Genève internationale, M. François Longchamp, président du Conseil d’Etat, a tenu à saluer, au nom du gouvernement cantonal, la décision de la Fondation pour Genève de décerner son Prix 2014 à M. Didier Burkhalter, président de la Confédération.

«Difficile, Monsieur le Président de la Confédération, d’ajouter une pierre à ce panégyrique. Surtout si cette pierre qu’on me demande d’ajouter ce soir au socle de la statue du Commandeur est en réalité déjà entre vos mains.

Cette pierre vient de loin. Elle est homérique. Elle est camusienne. Elle roule et n’amasse pas toujours mousse. Mais vous, inlassablement, au pied de la montagne, face aux affaires du monde et de la Suisse, vous la ramassez. Même cabossée, vous la remontez. Sans faiblir, vous la faites rouler. Au soir du 9 février 2014, dans la dignité qui sied à votre fonction et contenant vos sentiments, vous avez sobrement déclaré, en commentant le résultat du scrutin sur l’immigration: “Ce n’est pas la fin du monde”. La fin du monde, certainement pas. Mais à nouveau, l’assurance du recommencement et d’un long cheminement – ça oui. Sisyphe!

Monsieur le Président de la Confédération, Albert Camus ne vous a pas connu – tant pis pour lui – mais il a décrit la patience tenace qui vous caractérise: «Je vois cet homme redescendre, d’un pas lourd mais égal, vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin».


(De gauche à droite) L’huissier de la Confédération, MM. Ivan Pictet, président de la Fondation pour Genève, Didier Burkhalter, président de la Confédération, Mme Friedrun Sabine Burkhalter et M. Michael Møller, directeur général a.i. de l’Office des Nations Unies à Genève, entourés des petits chanteurs du Chœur en scène du Conservatoire de musique de Genève.
Photo M. Zouhri

C’est dans Le Mythe de Sisyphe. L’essai a paru en 1942 – six mois avant L’Etranger –, augmenté d’un texte sur Kafka lui-même tiré de la revue... L’Arbalète. Appréciez l’enchaînement. Sisyphe, l’Etranger, Kafka, l’Arbalète... Vous qui aimez larder vos discours de paraboles – je dis “larder”, pas “truffer”, parce que le lard sec aux herbes appartient au terroir neuchâtelois –, vous qui lardez volontiers vos interventions de métaphores devriez trouver, dans celle que je vous propose aujourd’hui, matière à vous reconnaître.

Monsieur le Président, je vous vois souriant – cela fait partie de votre personnalité – et je me dis, toujours avec Camus, que si “la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme”, alors oui, vous devez être le plus heureux des hommes.

Mais ne vous trompez pas. Je ne parle pas ici de la lutte vers les sommets politiques, que vous incarnez comme président de la Confédération suisse et – parce que cette charge échoit à notre pays – comme président de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Je parle de la lutte vers les sommets de vos idéaux. C’est à dire vers un accomplissement qui dépasse et transcende votre personne.

Nous fêterons, vendredi prochain (ndlr: le 12 septembre 2014), le bicentenaire de l’entrée de votre canton, Neuchâtel, dans la Confédération. De la défunte Prusse, vous avez gardé quelques séquelles: celle du sens du devoir et de l’identification à l’Etat, s’en regardant comme les premiers serviteurs. A l’arrogance, à la brutalité, vous préférez la bienveillance. La politesse même, non dans ce qu’elle a de plus conventionnel, mais de plus noble: celle de faciliter les rapports sociaux en permettant à ceux qui en usent d’avoir des échanges respectueux et équilibrés. Rien de tout cela n’est feint, car vous avez toujours été ainsi. Et je puis en témoigner personnellement, moi qui ai le privilège de vous connaître depuis trente ans, à la faveur de fonctions ou de combats communs.

Je sais que cela forge un regard sur les autres. Un regard d’ouverture, au sens propre. Récemment, un grand journal romand titrait: “Didier Burkhalter, un président qui prend le peuple au sérieux”. Cela décrit une forme d’élégance. Cependant que le peuple tient de moins en moins ses édiles en estime, vous, président de la Confédération, ne lui en tenez pas rigueur. Nourrie du flegme et du sens du devoir qui sont les vôtres, cette attitude vous confère une stature parfaitement suisse. Mouvement et proximité, grandeur et humilité. Un jour, dîner protocolaire et le lendemain, schüblig! Un jour, palais officiel et le jour suivant, ferme de montagne. Un jour, gyrophares à Moscou et le lendemain, ballade à Neuchâtel.

L’huissier du Conseil d’Etat et M. François Longchamp, président du Conseil d’Etat, le 8 septembre 2014 à la salle des Assemblées du Palais des Nations.
Photo M. Zouhri

Monsieur le Président de la Confédération, cher Didier, c’est cela qui frappe: vous êtes à l’aise partout. Romand mais suisse allemand. Discret mais attentif. Placide mais agile. Réservé mais offensif.

Aujourd’hui, ministre des affaires étrangères et président du gouvernement suisse, vous veillez à cette “Suisse internationale par Genève” – vous employez souvent cette formule – qui donne à votre action un sens si particulier. Nous vous en sommes tous ici reconnaissants.

“Il faut imaginer Sisyphe heureux”, concluait Camus. C’est cette abnégation, cet engagement que la Fondation pour Genève honore en vous remettant son prix. Le Conseil d’Etat de la République et canton de Genève se réjouit de ce choix. Avec lui, la cité entière vous salue, ce soir, en ce lieu évocateur, la salle des Assemblées du Palais des Nations à Genève.»

FRANÇOIS LONGCHAMP
Président du Conseil d’Etat


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Un Prix à la mesure de l’homme


En bientôt quarante ans d’existence, c’est la première fois que la Fondation pour Genève remet son Prix à un président en fonction. Il lui est attribué en reconnaissance de ses efforts en faveur de la Genève internationale. Mieux: Didier Burkhalter a placé cette dernière au cœur de la stratégie de politique étrangère du Conseil fédéral. Le président de la Confédération se félicite d’ailleurs que «pour la première fois depuis vingt ans, nous avons adopté une stratégie commune avec la République et canton de Genève et la Ville de Genève ».

Grâce à Didier Burkhalter, une nouvelle impulsion est ainsi donnée à la promotion de la Genève internationale. Rappelons que d’importantes conférences ministérielles s’y sont déroulées récemment, sur l’Iran et la Syrie, grâce à la disponibilité et au savoir-faire déployés par le chef du DFAE. La Fondation veut à la fois encourager et récompenser le rôle central donné à la Genève internationale par la Confédération, notamment comme lieu de promotion de la paix, des droits de l’homme et de la coopération internationale.

Enfin, la Fondation pour Genève souhaite saluer l’activité du diplomate qui cherche à consolider les relations de la Suisse avec l’Union européenne, en particulier avec nos voisins, et à développer des partenariats stratégiques avec les principales puissances émergentes et les acteurs de la mondialisation, dans une série de domaines-clés de la vie internationale. Témoin, l’activité de Didier Burkhalter en qualité de président de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

La Fondation pour Genève a tenu à marquer avec force le bicentenaire de l’entrée de Genève dans la Confédération, auquel la société civile est étroitement associée. Elle rend ainsi hommage au plus haut magistrat du pays, figure d’intégration qui n’a cessé d’en appeler à la cohésion nationale et au rassem­blement. En cette année de bicentenaire, il est important de renforcer le lien entre les cantons, particulièrement entre Genève et la Confédération, ce que le chef du DFAE ne cesse de prôner.

Depuis 1976, le Prix de la Fondation pour Genève honore des Genevois de souche ou d’adoption ou des institutions qui participent au rayonnement international de Genève dans les domaines scientifique, politique, économique, culturel ou humanitaire.
Désignés par le conseil de fondation, les lauréats sont distingués dans des lieux symboliques de Genève lors d’une cérémonie ouverte au public, à laquelle participent les autorités et des personnalités locales.


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