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Inauguration de Curabilis

 
Photo Cellence
 

Genève a inauguré Curabilis, «prison-hôpital» attendue depuis plus de quarante ans


Etablissement de détention concordataire offrant une prise en charge thérapeutique soutenue, Curabilis a été inauguré le 4 avril dernier à Puplinge, en présence de plus de 200 invités et de Messieurs les conseillers d’Etat Pierre Maudet, chargé du département de la sécurité et de l’économie (DSE), Mauro Poggia, chargé du département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé (DEAS) et Serge Dal Busco, chargé du département des finances (DF).

L’établissement offre 92 places de détention qui contribueront à répondre au problème de la surpopulation carcérale à Genève. Curabilis satisfait en outre aux besoins et à l’attente du concordat latin sur l’exécution des peines et mesures et permet enfin à Genève de remplir un engagement pris il y a plus de quarante ans.

Implanté sur le même site que Champ-Dollon, Curabilis comprend six unités de détention, une salle de sport, un bâtiment d’accueil et administratif ainsi que des ateliers. L’établissement permet l’exécution de mesures thérapeutiques en milieu fermé ordonnées par le juge.

Doté d’un encadrement médical étroit, Curabilis est un établissement d’exécution de mesures. Il recevra des personnes détenues placées sous une autorité du concordat latin, exceptionnellement d’un autre concordat. La mission de Curabilis est de détenir des personnes majeures privées de liberté en application du droit pénal et, dans certains cas spécifiques, également en application du droit administratif ou civil, afin que celles-ci reçoivent des traitements, des soins psychiatriques ou de sociothérapie, en plus d’une prise en charge pénitentiaire.

«Conçu il y a une quarantaine d’années, cet établissement est composé de pavil­lons d’une grande qualité. Si le taux d’occupation du sol peut paraître faible en fonction des critères actuels, ces différents bâtiments répondent bien aux besoins d’une organisation complexe, avec des détenus dont les degrés d’autonomie sont aussi variables que les activités et les horaires. Ils conviennent à la prise en charge des détenus en groupes restreints», a déclaré M. Dal Busco.

Conformément tant aux régimes de détention applicables qu’à la typologie des personnes admises à Curabilis, toutes les cellules sont individuelles, à l’exception de deux cellules doubles. L’ensemble du site est accessible aux personnes à mobilité réduite.

(De gauche à droite) MM. Gilles Marti, maire de Puplinge, Mauro Poggia, conseiller d’Etat chargé du département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé du département des finances, et Pierre Maudet, conseiller d’Etat chargé du département de la sécurité et de l’économie, lors de l’inauguration de Curabilis.

Les quatre unités de mesures
Les quatre unités de mesures accueil­lent 62 hommes et femmes condamnés à une mesure thérapeutique institutionnelle pour traitement des troubles mentaux, une mesure thérapeutique institutionnelle pour traitement des addictions ou un internement. Ces unités ont pour but de dispenser un traitement thérapeutique institutionnel visant à dissuader la personne détenue de commettre de nouvelles infractions.

L’unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire
L’unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire (UHPP) accueille quinze personnes détenues, admises sur la base d’un certificat médical et nécessitant des soins et traitements hospitaliers psychiatriques aigus.

L’unité de sociothérapie
L’unité de sociothérapie accueille des hommes condamnés à une sanction pénale, atteints de désordres graves de la personnalité et qui demandent à y être traités. Cette unité de quinze places a pour but d’améliorer le comportement social des personnes détenues, en particulier leur aptitude à vivre sans commettre d’infraction. Elle vise également à favoriser leur resocialisation puis leur réinsertion. Des soins psychiatriques ou somatiques peuvent également leur être dispensés.

Concept de prise en charge
Selon le code pénal suisse, la privation de liberté n’est pas une fin en soi, mais doit être le moyen – lorsqu’aucun autre ne permet raisonnablement d’espérer ce résultat – d’amener le condamné à prendre conscience, si cela est nécessaire, des injonctions de l’ordre juridique auquel il est astreint, et à résister aux impulsions qui l’ont amené à l’enfreindre.

Vue de l’intérieur d’une cellule.

Tout en ayant cet objectif en pers­pective, le thérapeute en milieu carcéral doit prioritairement préserver la société d’individus potentiellement dangereux. «C’est ainsi que Curabilis, sans perdre sa fonction thérapeutique centrale, est bien «un hôpital en milieu carcéral», soumis dès lors aux impé­ratifs sécuritaires qui y sont liés. L’autonomie thérapeutique est toutefois garantie et placée sous la responsabilité des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)», a relevé M. Mauro Poggia.

Le concept de prise en charge de Curabilis privilégie des programmes individuels (le détenu est au centre du dispositif) et repose sur la thérapie (seul ou à plusieurs), un suivi social, du travail, des activités occupationnelles et la formation. La vie quotidienne collective favorise le développement des compétences sociales et relationnelles. L’adhésion du détenu au programme thérapeutique est une condition indispensable à son admission et à son maintien au sein de l’établissement.

Les journées sont structurées de 8 h à 22 h, 7 jours sur 7, et proposent une alternance d’activités en groupe et individuelles selon les besoins du détenu-patient. Un travail sur le délit commis est effectué et les objectifs de réinsertion restent au cœur de la prise en charge. L’objectif de cette prise en charge est de soigner le détenu non seulement en vue d’une évolution favorable de sa santé mentale, mais surtout afin de réduire le risque pour la collectivité.

Deux grandes catégories d’intervenants sont appelées à collaborer au sein de Curabilis: d’une part, les professionnels relevant du domaine pénitentiaire et, d’autre part, le personnel médico-soignant. La structure est placée sous la responsabilité unique du directeur de Curabilis, lui-même rattaché à l’office cantonal de la détention, dépendant du DSE.

Ouverture échelonnée
L’ouverture de Curabilis se déroulera par étapes, la première intervenant à fin avril 2014 avec l’unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire. Puis, deux des quatre unités de mesures (totalisant trente places) seront mises en service, de même que l’unité de sociothérapie.

L’intérieur d’une unité.
Photos Cellence

Afin de soulager temporairement la prison de Champ-Dollon, en situation de surpopulation chronique, deux pavillons de Curabilis accueilleront dans un premier temps 32 personnes en détention ordinaire (c’est-à-dire condamnées à des peines privatives de liberté, mais pas à des mesures). Ces deux unités devraient être utilisées pour leur affectation originelle au plus tard début 2016.

Des infrastructures pour lutter contre la surpopulation carcérale
«Genève connaît depuis le début des années 2000 un grave problème de sous-dotation carcérale. Le Conseil d’Etat a adopté à l’automne 2012 une planification pénitentiaire pour y remédier. Curabilis est l’une des infrastructures clés du dispositif. Son ouverture permet le transfert de personnes présentant des troubles psychiques aujourd’hui détenues à Champ-Dollon. Elle rend possible la réaffectation à la détention ordinaire du demi-étage précédemment utilisé à Champ-Dollon par La Pâquerette», a souligné M. Pierre Maudet.

La construction de Curabilis succède à celle du centre de détention de La Brenaz, inauguré en janvier 20081. Des travaux d’agrandissement de cet établissement ont commencé fin mars 2014, en vue d’offrir cent places de détention supplémentaires d’ici mi-2015. A noter également que la prison de Champ-Dollon s’est vu adjoindre depuis l’été 2011 une nouvelle aile offrant cent places supplémentaires2.

La planification pénitentiaire du gouvernement prévoit en outre la construction d’un établissement pénitentiaire de 450 places (projet Dardelles) à l’horizon fin 2017 afin de compléter le dispositif carcéral genevois.

Département de la sécurité et de l’économie
Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé
Département des finances


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1 Voir FAO du 25 janvier 2008.
2 Voir FAO du 29 juillet 2011.

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