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Grand Conseil - Changement de présidence

 

Photo J.-P. Di Silvestro
 

Discours de M. Antoine Barde, nouveau président du Grand Conseil


Le 22 janvier dernier, le parlement genevois a procédé au renouvellement de son Bureau. Elu président, M. Antoine Barde a pris la parole à cette occasion.

«Je suis honoré de la confiance que vous me témoignez en m’élisant à la présidence de notre parlement. C’est donc avec reconnaissance que je m’adresse à vous ce soir.

D’un Antoine à l’autre, me direz-vous! Et c’est à toi, mon cher homonyme, que j’aimerais m’adresser en premier lieu. Ton année de présidence ne fut pas de tout repos, nous le savons. Quelques événements désolants sont venus perturber un mandat déjà complexe, avec cette première année d’entrée en vigueur de notre nouvelle constitution et le surcroît d’investissement qui s’y attache. Et pourtant tu as fait front, avec calme et détermination! Tu as su, dans ces eaux troubles, être le président de tous, celui qui rassemble, celui qui est attentif aux autres. Ton discours inaugural nous le rappelait et je te cite: “Le fondement de la démocratie implique le respect et l’écoute d’autrui”. Oui, Antoine, tu as fait tien ce respect de l’autre et cette écoute. Pour moi, tu as su également être l’ami, généreux, attentif et ouvert, celui qui partage à la fois son expérience et les soucis de sa charge. Merci de ton soutien, merci de ton amitié!

Mesdames et Messieurs les députés, vous avez choisi d’élire un président jeune, un président de moins de quarante ans. C’est un signal fort pour les générations qui suivent. Une manière de dire que la politique est l’affaire de tous et que les cheveux blancs ne sont pas un prérequis pour s’engager et pour accéder à de hautes fonctions. Mais la jeunesse ne se réduit pas à une question d’années. Elle est un état d’esprit. “On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal”, disait le général MacArthur. Mon idéal? Je vais vous en parler. Mais permettez-moi d’abord une anecdote.


M. Antoine Droin, président sortant, applaudi par Mme Maria Anna Hutter, M. Antoine Barde et (en bas) MM. Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé du département des finances, François Longchamp, président du Conseil d’Etat, et Mme Anne Emery-Torracinta, conseillère d’Etat chargée du département de l’instruction publique, de la culture et du sport.
Photo J.-P. Di Silvestro

J’écoutais l’autre jour une conversation entre deux personnes attablées à une terrasse. L’une d’elle venait d’être naturalisée et évoquait l’interrogatoire usuel auquel elle avait dû se soumettre: “Tu te rends compte”, disait-elle, “ils m’ont demandé ce que c’était que le Grand Conseil”. “Dingue!”, répondit l’autre, “c’est quoi?”. J’ai dû me retenir de ne pas engager la conversation! J’aurais voulu évoquer l’importance de notre fonction, leur parler du sens de notre mission, suggérer la dignité de notre parlement, les laisser imaginer un certain décorum. J’aurais pu leur confier que nous sommes parfois râleurs, bagarreurs, frondeurs – nous sommes Genevois, quoi! –, que nous aimons le débat animé, les rebondis­sements parfois un peu bruyants ou, disons, “énergiques”, mais que le courage et l’intérêt général guide chacun de nos échanges, si passionnés soient-ils. J’aurais voulu leur assurer que cette saine culture du conflit, manière de dialoguer typiquement de chez nous, demeure toujours au service d’une cause plus élevée. J’aurais aimé leur dire que nous sommes parfois gueulards... Oui mais avec panache, avec grandeur, s’il vous plaît!

Aurais-je été crédible? Je vous le demande. Feuilletons la Tribune de Genève, interrogeons quelques-uns de nos concitoyens, visionnons les débats du Grand Conseil pour y répondre... Oui, Mesdames et Messieurs, nous avons urgemment besoin de redonner du sens et de la tenue à notre fonction parlementaire – du fond et de la forme –, la recentrer sur sa mission première, qui n’est pas de monopoliser un temps précieux par nos incontinences verbales, mais de dresser les véritables enjeux auxquels notre canton est confronté, de travailler avec responsabilité, avec efficacité sans s’embourber dans des tranchées partisanes. Non, nous ne sommes pas des rigolos. Nous sommes des personnalités fortes, qui savons manier l’art de la confrontation, avec un brin de théâtralité, je vous l’accorde, mais dans la dignité qui sied à «l’autorité suprême» de notre canton, dans le respect de nos différences. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j’aurais aimé pouvoir leur dire.


(De droite à gauche) MM. Antoine Barde, président du Grand Conseil, et Jean-Marc Guinchard, 1er vice-président.
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Au-delà de notre parlement, j’aurais aussi aimé leur parler de notre histoire avec un grand “H”, de notre ADN, notre ouverture et notre diversité – celle qui permet de faire cohabiter sur notre territoire des “univers” différents –, leur dire que nous avons jusqu’à présent gagné le pari du fédéralisme, celui de la cohésion nationale, que nous avons réussi à faire cohabiter nos cultures et nos langues en faisant nôtre cette belle phrase de Saint-Exupéry: “Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis”. J’aurais aussi aimé leur parler de cette magnifique tradition de solidarité, de ce souci de l’autre, incarnés par les acteurs de notre Genève internationale. J’aurais eu envie de leur dire qu’à quelques centaines de mètres de cette terrasse où ils sont en train de boire leur café, des débats ont lieu, des négociations sont conduites, des décisions sont prises, lesquelles sauveront des vies, lesquelles contribueront à mettre fin à des conflits, lesquelles nous aideront à construire un monde meilleur. J’aurais aimé les assurer que notre Grand Conseil chérit cet héritage, que Genève n’est pas ce petit village, replié sur lui-même, mais une grande cité, un canton au rayonnement mondial, prêt à défendre bec et ongles sa tradition d’ouverture et de solidarité, une région où souffle un esprit pareil à nul autre. Puissions-nous nous en inspirer dans cette enceinte!

Et puis, Mesdames et Messieurs, j’aurais eu envie de leur faire envie. De leur parler de la valeur de notre fonction publique, à qui nous devons également la qualité de vie de notre canton. Leur parler de ces femmes et ces hommes remarquables par leur engagement et toujours conscients de leurs responsabilités. A l’heure des arbitrages budgétaires et des réformes en profondeur – nouvelle loi sur la police et j’en passe – qui pèsent sur cette fonction publique et génèrent des discussions animées, ayons à l’esprit l’importance et la complexité des défis tout comme la nécessité d’y faire face au-delà des clivages partisans. Faire des choix, décider, avancer... dans l’intérêt unique de la population genevoise, qui nous fait confiance, et dans le respect de toutes celles et tous ceux qui s’engagent au service de l’Etat, sans s’embourber dans d’interminables discussions stériles ou chantages indignes.


Mme Maria Anna Hutter, sautier du Grand Conseil, et M. Antoine Barde.
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Toutes les époques ont eu l’impression de vivre à un moment charnière où tout est en mouvement, où tout peut basculer dans un sens nouveau et souvent inquiétant. Que l’on songe aujourd’hui aux terrorismes, au franc fort, aux défis de l’écologie ou des migrations. C’est l’évolution politique qui doit ouvrir des perspectives nouvelles. Puissions-nous nous le rappeler dans cette enceinte!

Pour conclure, comment ne pas leur parler de celles et ceux qui nous ont inspiré et de leur héritage? Ce soir, je pense surtout à Me Michel Halpérin – Michel –, qui nous a quittés l’année dernière: pour moi un mentor, un sage, un exemple, mais aussi pour nombre d’entre nous ici présents, j’en suis sûr. Sa prestance, sa grande intel­ligence et son élégance resteront gravées dans nos mémoires. Ce soir, j’aimerais lui dire merci, tout comme à celles et ceux qui m’ont inspiré, soutenu, accompagné, encouragé: mon épouse, ma famille, mes amis, mon parti, ma commune et mes chefs de groupe successifs. Sans oublier tant d’autres encore dans cet hémicycle, retraités de la politique ou encore devenus magistrats...

De Michel, j’aimerais m’inspirer pour le style de conduite: garder le cap dans la tempête; avoir en tout temps en tête – et dans le cœur – l’intérêt général; imprimer un certain tempo, trancher, faire des choix; rappeler – lorsque cela est nécessaire – l’importance du mandat qui nous a été confié, fédérer plutôt que diviser, valoriser la diversité de nos personnalités. Car c’est grâce à elles que nous pourrons travailler tous ensemble à “garder à Genève sa foi, ses libertés, ses franchises et sa glorieuse renommée”.»

Vive Genève, vive les Suisses!

Antoine BARDE
Président du Grand Conseil

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